Conjonctivite ligneuse bilatérale déclenchée par une infection chez un nourrisson de 6 mois, traitée avec succès par sérum autologue et larmes artificielles à l’héparine
La conjonctivite ligneuse est une pathologie inflammatoire chronique exceptionnelle caractérisée par la formation de pseudomembranes épaisses riches en fibrine au niveau de la conjonctive tarsale.
Un nourrisson de 6 mois est adressé pour une conjonctivite unilatérale sévère, avec œdème palpébral, hyperhémie conjonctivale et sécrétions épaisses persistantes, survenant après un épisode infectieux respiratoire. L’évolution est rapidement bilatérale, et les traitements conventionnels (antibiotiques, lavages) se révèlent inefficaces.
L’examen clinique montre des pseudomembranes jaunâtres adhérentes, typiques de la conjonctivite ligneuse.
L’histologie confirme le diagnostic en révélant des dépôts fibrineux denses avec infiltration inflammatoire, sans signe de malignité. Le bilan biologique met en évidence un déficit sévère en plasminogène, anomalie génétique classiquement associée à cette pathologie (la fibrinolyse étant insuffisante, la fibrine s’accumule).
La prise en charge repose sur une approche innovante combinant :
– des collyres de sérum allogénique ( apportant les facteurs fibrinolytiques absents),
– des larmes artificielles contenant de l’héparine, choisies pour leurs propriétés anticoagulantes locales, anti-inflammatoires et anti-adhésives.
Ce traitement a permis une régression progressive puis complète des pseudomembranes, sans récidive après l’arrêt du sérum, et avec une excellente tolérance. Aucun nouveau dépôt n’a été noté au suivi prolongé.
Conclusion : ce cas souligne la difficulté diagnostique et thérapeutique de la conjonctivite ligneuse, en particulier chez l’enfant, et met en lumière une alternative thérapeutique efficace, peu invasive et largement disponible, contrairement aux traitements substitutifs systémiques.
À retenir : la conjonctivite ligneuse, inflammation chronique, bien qu’extrêmement rare, doit être évoquée devant des pseudomembranes conjonctivales épaisses, blanchâtres et fibreuses sur la conjonctive, le plus souvent tarsale, récidivantes et résistantes aux traitements usuels, en particulier chez l’enfant.
Ces dépôts sont riches en fibrine et ont un aspect « ligneux » (dur, adhérent), responsable d’irritation oculaire, de sécrétions et parfois de complications cornéennes.
Dans la grande majorité des cas, elle est liée à un déficit congénital en plasminogène (protéine-clef de la dégradation de la fibrine). Ce déficit empêche la résorption normale des dépôts fibrineux après une agression locale. La maladie est souvent déclenchée ou aggravée par un facteur inflammatoire (infection, traumatisme ou chirurgie), plus rarement, des formes acquises ou associées à des maladies systémiques. Le déficit en plasminogène explique la persistance des dépôts fibrineux et oriente la prise en charge.
Références :
D’après la communication du Dr C. Comberiati, CHU Saint-Pierre, Bruxelles
