Les dangers rétiniens des sports de raquette : une revue systématique

Les sports de raquette, tels que le badminton, le tennis, le squash et le padel, connaissent une forte croissance dans le monde ; ils sont aussi associés à des atteintes rétiniennes sérieuses, pouvant causer une perte de vision durable. Cette revue systématique a examiné la littérature à ce sujet : les auteurs ont passé en revue 311 études, réduites à 36 articles pertinents, couvrant la période de 1973 à 2025. Le tennis était le sport le plus étudié, figurant dans 19 études (avec 43 blessures rétiniennes), suivi du badminton (11 études, 124 blessures), et du squash (7 études, 64 blessures). Le racquetball, le padel et le pickleball sont moins souvent mentionnés, mais certains cas y sont aussi documentés (padel : 23 blessures pour seulement 2 études, pickleball : 3 blessures). Les blessures rétiniennes observées incluent la commotio retinae (choriorétinopathie traumatique ou œdème de Berlin), des déchirures et des décollements de rétine, principalement causées par des impacts directs au niveau des yeux, souvent dus à des balles frappées à haute vitesse.
La commotio retinae (œdème de Berlin), est la plus fréquente des lésions (68 cas rapportés dans 12 études, soit environ 22 % des blessures). Elle se manifeste par une opacification rétinienne transitoire gris-blanc au fond d’œil au site de l’impact. La guérison survient souvent spontanément. D’autres lésions comme les déchirures rétiniennes (58 cas, 18 études, en fer à cheval, géantes, trous maculaires… et nouvelles déchirures rapportées au cours du suivi dans 2 études) ou les décollements de rétine (51 cas, 8 études) peuvent entraîner des complications graves à long terme. Le badminton a montré la plus forte proportion de blessures rétiniennes parmi les sports analysés (43 blessures sur 124), ce qui souligne l’importance de la prévention dans ces sports de raquette populaires, et en forte croissance, à l’origine de traumatismes oculaires à globe fermé, où de petits projectiles rapides peuvent pénétrer la cavité orbitaire et transmettre leur pleine énergie cinétique directement au globe oculaire.
Ces sports ont cependant des différences majeures : dans le tennis, le badminton, le padel et le pickleball, les joueurs se font face à travers un filet, tandis que dans le squash et le racquetball, l’adversaire est un mur. Badminton, padel et pickleball nécessitent des déplacements dans toutes les directions, avec une approche de coups rapides qui peut générer des forces d’impact plus importantes. Les vitesses de balle au tennis, squash et badminton dépassent fréquemment les 150 km/h, produisant une compression antéro-postérieure brutale et une expansion équatoriale du globe oculaire, générant des forces de coup-contrecoup sur la rétine et la choroïde.
Ces sports font par ailleurs partie des plus pratiqués au monde, avec des modèles régionaux marqués – par exemple, racquetball et squash en Amérique du Nord, badminton et tennis de table en Asie. Des sports traditionnels comme le tennis ou le squash coexistent désormais aux côtés de disciplines en pleine expansion, en particulier le padel et le pickleball : relativement marginal en Europe, le pickleball est actuellement le sport à la croissance la plus rapide aux États-Unis. Le padel a, lui, connu une expansion explosive en Europe ; en Belgique, le nombre de joueurs actifs est passé de moins de 20 000 il y a cinq ans à près de 200 000 aujourd’hui (x10), ce qui égalise le nombre de joueurs de tennis.
Le badminton était le sport le plus cité dans la base de données des blessures traumatiques, combinant le projectile le plus rapide avec l’un des courts les plus petits. Des séries rétrospectives spécifiquement axées sur ce sport ont montré un taux élevé de complications rétiniennes, juste après l’hyphema (écoulement de sang dans le segment antérieur), présentes dans près de la moitié des cas rapportés.
Plusieurs patients des études étaient asymptomatiques à la présentation, avec une proportion importante de blessures rétiniennes identifiées en consultations externes plutôt qu’aux urgences. D’où l’importance de l’éducation des patients, d’un examen ophtalmologique très complet et d’une surveillance attentive.
Dans de nombreux pays, les réglementations actuelles ne rendent pas obligatoire le port de lunettes de protection pour les athlètes pratiquant des sports de raquette, ce qui soulève des questions politiques. L’exemple du lacrosse en Amérique du Nord est instructif : dans un effort pour réduire les blessures oculaires, US Lacrosse a mis en place des lunettes de protection obligatoires pour le lacrosse féminin lors de la saison 2004-2005, suivi d’une réduction significative des blessures oculaires dans les études qui ont suivi ce changement de politique.
La littérature reste cependant très hétérogène, dominée par des case reports et de petites séries, ce qui limite l’évaluation fiable de prévalence ou de tendances temporelles. Les résultats plaident tout de même pour une meilleure sensibilisation des athlètes, une surveillance accrue et des examens ophtalmologiques réguliers pour détecter les blessures oculaires.
Référence :
D’après la communication du Dr Reda Ghazali
