La tomographie par cohérence optique (OCT) permet-elle d’évaluer la durée du décollement séreux rétinien (DSR) ? Quand doit-on traiter ?

Plusieurs éléments sur l’OCT permettront d’estimer la durée d’évolution du DSR. Tout d’abord, l’aspect des photo­récepteurs (PR) est intéressant à apprécier. À la phase aiguë d’un DSR, il existe un allongement homogène des articles externes des PR ; en cas de chronicisation, on note une désorganisation des PR aboutissant à l’apparition de mottes irrégulières et à un stade plus avancé une hyperréflectivité dans la couche des PR. Cela correspond à la migra-tion de cellules de l’épithélium pigmentaire (EP) ballonisées apparentées à des mélanomacrophages (concentration en mélanine intracellulaire élevée) afin d’assurer le métabolisme des PR.
Lors de la résorption du DSR, le parallélisme des PR ré apparaît.

Le deuxième paramètre à regarder sur l’OCT permettant d’évaluer la durée du DSR sont les deux caractéristiques du fluide sous-rétinien suivantes :
• La taille : plus la hauteur du DSR est grande, plus on est à la phase aiguë (Fuji sign).
• Le signal dans le DSR : sa fiabilité reste relative, 50 % des patients présentant un DSR ont des hyper­réflectivités (HR) au sein du DSR (correspondant à des amas de fibrine et des segments externes des PR) ; l’HR s’apparente à un DSR chronique et un pronostic visuel plus péjoratif.

Enfin, l’étude de l’EP est également un bon indicateur : la présence de FIPED (Flat Irregular Pigment Epithelium Detachment) et d’atrophie de l’EP est évocatrice de chronicité tandis que les décollements de l’EP (DEP) dont la taille varie avec le temps, et les microruptures de l’EP, sont plutôt synonymes de récence.

Tous ces signes peuvent orienter l’indication théra­peutique : une abstention thérapeutique pourra être proposée en cas de PR bien réguliers, de DSR élevé ou de la présence d’un petit DEP (signant le point de fuite). À l’inverse, la présence d’une atrophie de l’EP incite à entreprendre un traitement devant la non-résorption spontanée et chronique du DSR.

“ Les éléments clés concernant la durée des DSR sont d’abord l’interrogatoire
des patients, puis l’OCT qui montre certains biomarqueurs liés à la durée du DSR. ”

RAPHAËL LEJOYEUX
Ophtalmologiste spécialisé dans les maladies de la rétine. Praticien hospitalier à la Fondation Rothschild dans le XIXe à Paris et ophtalmologiste à l’Institut Oeil-Paupière. S’intéresse à la recherche clinique, notamment dans les pachycoroïdes