Un autre regard en ophtalmologie

 

L’oeil du photographe

J’ai découvert les bronzes d’Herculanum au cours de mes voyages de formation, qui ont structuré mon regard et forgé ma passion pour la sculpture. Fasciné par les yeux de pâte de verre qui donnent aux bronzes classiques des regards d’une intense humanité, je ne réussissais jamais à capter l’expression de ce coureur, conservé au musée archéologique de Naples : une fenêtre, placée derrière lui, le dessine à contre-jour, avec des interférences de lumière sur mes nombreuses prises de vue. J’ai longtemps tourné autour de lui et fus contrarié de voir s’inscrire dans mon viseur les statues des deux femmes, qui brisaient la ligne épurée du bras et troublaient, en détournant l’attention, la force du regard. Je pris avec détachement cette photographie que je me refusais inconsciemment à lire sur ma planche-contact. Je l’ai découverte à la fin d’une longue séance de tirage, en transparence sur le margeur éclairé par la lumière de l’agrandisseur, à l’instant précis où, après m’être échiné en vain à restituer l’image voisine, je rangeais la bande de négatifs. Elle était là, elle m’attendait.

De son œil blanc, l’homme semble traquer sa proie. Il l’approche de son geste tendu afin de mieux la saisir. La distance relègue dans le lointain les prêtresses de bronze comme des ombres dansantes. La vision introduit l’œil en complément de la main, les deux organes indispensables à la pensée du photographe.

 

Ferrante Ferranti

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