Un autre regard en ophtalmologie

125e congrès international de la SFO – la sélection de notre expert

Intérêt du traitement par atropine 0,01 % de l’enfant avec une myopie progressive

Belahda A, Robert M, Bremont-Gignac D

Hôpital Necker, Paris

Les études ATOM1 (1) et ATOM2 (2), réalisées en population pédiatriques asiatiques, ont montré l’efficacité de l’atropine dans le contrôle de la myopie progressive, ainsi que sa sûreté à la dose de 0,01 %. L’objectif de l’équipe de l’Hôpital Necker était d’évaluer ces deux éléments sur un échantillon pédiatrique en France. Dix patients de 4 à 11 ans et présentant une progression supérieure à -0,5D/an ont été inclus de manière rétrospective au CHU Necker. Ils souffraient d’une myopie de –7,00 dioptries en moyenne [-2,50D ; -16D] évaluée sous cycloplégie à l’inclusion et au cours du suivi, de même que la longueur axiale échographique, l’aspect de la pupille et le recueil d’éventuels effets secondaires. Au terme du suivi qui a duré en moyenne 16 mois, l’équivalent sphérique ne progressait en moyenne plus que de 0,39D (+/- 0,843), et les seuls effets indésirables rapportés sont une photophobie chez un patient par ailleurs atteint d’une dystrophie rod/cône, et une baisse d’acuité subjective non objectivée à l’examen (10/10 R2 ODG). Les pupilles ne présentaient pas d’anomalie. Les auteurs révèlent donc que leur étude semble en accord avec les études ATOM, mais qu’une étude sur le plus long terme et à plus grande échelle doit être réalisée en France. Les résultats de cette étude suggèrent donc une future option supplémentaire dans l’arsenal thérapeutique contre la myopie progressive, au côté de l’orthokératologie et des verres de lunettes défocalisés bientôt disponibles.

 

Bibliographie

1 : Chua WH, Balakrishnan V, Chan YH et al. Atropine for the treatment of childhood myopia. Ophthalmology 2006 ; 113 : 2285-91.

2 : Chia A, Chua WH, Cheung YB et al. Atropine for the treatment of childhood myopia: safety and efficacy of 0.5%, 0.1%, and 0.01% doses. Ophthalmology 2012 ; 119 : 347-54.

Résultats à long terme des greffes de cellules souches limbiques dans l’insuffisance limbique stade 3 versus transplantation tissulaire limbique

Borderie V, Ghoubay D, Georgeon C, Borderie M, De SC, Legendre A, Rouard H

Centre hospitalier national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts

Le déficit limbique décrit l’incapacité des cellules souches limbiques à renouveler normalement l’épithélium cornéen, que soit à la suite de brûlures chimiques ou de limbites chroniques. Il peut entraîner dans ses formes les plus sévères l’invasion de la cornée par une prolifération d’origine conjonctivale, et nécessiter une greffe limbique. Outre la greffe de tissu limbique, une nouvelle technique de greffe de cellules souches préalablement cultivées sur membrane amniotique a été évaluée par l’équipe du Pr Borderie. Quatre types d’opérations étaient évalués : dans le groupe contrôle rétrospectif un tissu limbique était greffé, soit d’origine allogénique (8 patients) soit autologue (8 patients) ; dans le groupe de cellules souches cultivées, 7 patients bénéficiaient de cellules souches d’origine allogénique et 7 autres d’origine autologue. Le jugement se faisait sur un critère de survie, à savoir l’absence de récurrence des signes cliniques d’insuffisance limbiques dans la cornée centrale. Les auteurs présentent ici les taux de survie à 5 ans. Les résultats étaient significativement meilleurs pour les autogreffes que pour les allogreffes (p = 0,04) et sans différence significative entre les greffes de cellules souches limbiques et les greffes de tissu (p = 0,39). L’acuité visuelle était améliorée après autogreffe.

 

 

Des événements indésirables ont été enregistrés dans un cas sur 7 (simple défect épithélial) pour les greffes de cellules autologues, 6 cas sur 8 pour les greffes de tissu autologues, et dans tous les cas de greffes allogéniques. Aucun effet secondaire menaçant la vision n’a été rapporté pour les greffes de cellules autologues, contrairement aux autres groupes. Les auteurs font ainsi apparaître la greffe de cellules souches limbiques autologues comme une technique sûre, associée à une amélioration importante de l’acuité visuelle et à une survie à long terme élevée. Ils concluent à sa supériorité par rapport à la greffe de tissu limbique autologue.

Détection automatisée par apprentissage profond de pathologies rétiniennes en tomographie par cohérence optique

Thiery T, Lamard M, Bolloch J, Cochener B, Quellec C

Brest

L’intelligence artificielle connaît ces dernières années un essor remarquable dans le domaine de l’ophtalmologie. Outre l’analyse de rétinophotographies au sujet de laquelle la performance des algorithmes n’est plus à démontrer, l’OCT et son interprétation sont le sujet d’innovations majeures. L’algorithme de l’équipe de Brest, dénommé JointNet-V4-101, est basé sur l’apprentissage par réseaux de neurones à convolutions. Son objectif est de détecter des pathologies rétiniennes sur des acquisitions OCT.

Dans cette étude, les auteurs se sont intéressés à l’identification de trois signes : néovaisseaux choroïdiens, drusen, œdème maculaire diabétique. L’algorithme a tout d’abord été entraîné sur la base de données Kaggle Retinal OCT Images comprenant 83 516 images d’entraînement classés en quatre catégories : néovaisseaux, drusen, œdème maculaire et cliché normal. Il a par la suite été testé sur deux bases de données d’images OCT interprétées : la base de test de Kaggle Retinal OCT (968 images) et une base de données de 15 888 clichés du service de Brest, représentative de la pratique clinique classique. L’algorithme a obtenu un résultat parfait sur la base de test Kaggle, avec une aire sous la courbe (AUC) ROC de 1 pour chacun des trois signes pathologiques et sur l’ensemble des 968 images. Sur la base de données du service de Brest, l’AUC est de 0,936 pour les drusen, 0,957 pour l’œdème maculaire diabétique et 0,969 pour les néovaisseaux choroïdiens.

Les auteurs concluent à la haute performance de leur méthode pour la détection des pathologies rétiniennes en OCT, dans le cadre d’une cohorte de vraie vie et sans sélection des clichés à interpréter. On peut s’attendre dans le futur à ce que s’élargisse la palette de signes détectables par l’intelligence artificielle.

Restauration d’une perception visuelle centrale à l’aide d’une prothèse photovoltaïque sous-rétinienne

Le Mer Y (Paris), Palanker D (Stanford), Hornig R, Buc G, Mohand-Said S, Sahel JA (Paris) France/États-Unis

La DMLA atrophique, enjeu de santé publique, peut entraîner une perte majeure de la vision centrale, et ce sans espoir de récupération à l’heure actuelle. Ces dernières années, divers implants épi- puis sous-rétiniens ont été développés afin de pallier la perte des photorécepteurs, dans des pathologies telles la rétinite pigmentaire ou la DMLA. L’implant PRIMA, développé par PIXIUM VISION est une prothèse photovoltaïque convertissant les informations optiques en informations électriques, à destination des cellules nerveuses résiduelles. Il s’agit d’images filmées par une caméra placée sur les lunettes du patient, puis traitées par un ordinateur de poche les convertissant en photons du domaine de l’infrarouge, avant de les renvoyer aux lunettes afin de les projeter sur la rétine et son implant.

L’étude est menée de manière prospective sur 5 patients présentant une acuité visuelle < 20/400 en raison d’une atrophie maculaire et d’une absence de perception fovéale. Après implantation au bloc opératoire, une rééducation spécialisée est en cours. Le suivi du premier patient est maintenant supérieur à un an. Les 5 patients perçoivent tous des motifs blanc-jaune à luminosité ajustable dans des zones du champ visuel central auparavant touchées par leur scotome. Aucune diminution de l’acuité visuelle naturelle n’a été observée. Les 4 patients dont l’implant a été effectivement positionné en sous-rétinien identifient l’orientation d’une stimulation linéaire avec une précision de 93,2 +/- 3,8 %. Parmi eux, les 3 patients avec un placement central de l’implant ont gagné une acuité visuelle avec le test de Landolt entre 20/460 et 20/550, inférieur de 15 à 35 % à la résolution maximale de l’implant.

Les auteurs concluent à la sécurité de la puce sans fil PRIMA et à la faisabilité d’une restauration de la perception centrale chez ces patients dans les limites des résolutions maximales des prothèses. Des tests de lecture et de reconnaissance des lettres sont en cours et des prothèses disposant de pixels plus petits sont également en développement.